Dans Livermore, ya .... (Securibourse)

par Graham ⌂ @, Luxeuil les Bains, dimanche 21 janvier 2018, 21:51 (il y a 28 jours) @ raskolnikobimbo

Livermore n'a pas fait faillite dans ses trades à la baisse mais en spéculant à la hausse trop tôt. Je ne peux m'empêcher de mettre en rapport ses échecs avec ce mot de Ben Graham:
«Nous sommes convaincus que si l’investisseur intelligent s’efforce de faire du timing de marché, il finira dans la peau d’un spéculateur et aura des résultats de spéculateur. »

Pour la petite histoire, je me souviens avoir été convaincu complètement par l'argumentation solide de Labadie en 2007, tant que je faillis tout à fait sortir des marchés quelques mois avant le début de la baisse. Finalement, je ne le fis pas du tout et restais totalement investi. Je pris le bouillon et perdis tout ce que j'avais gagné les derniers mois, soit près de 50% de mes positions. Pourquoi avais-je fait ce choix plutôt que de me fier à mes appréhensions? Parce que je m'étais également persuadé que ce n'était pas la raison qui guidait l'orientation des marchés financiers mais la confiance. Dès lors j'admis que je ne pourrais jamais déterminer le moment du décrochage de cette confiance, son orientation et sa durée. J'adoptai un principe sur lequel je ne suis plus jamais revenu depuis quelles qu'aient pu être les conditions de marché, à savoir rester investi tout le temps. Ce principe me permit sur les années qui suivirent les turbulences de 2008 de récupérer quatre fois la mise sur mes plus bas. Cela ne fait certes qu'un fois deux sur dix ans. Aurais-je fait toutefois + 80% en 2007 et +15% en 2016 si j'en étais resté à mes appréhensions? J'en doute beaucoup. La méthode de Loïc instille l'angoisse et le doute dans la pratique de l'investisseur. Or quelques fois il faut juste y aller … Avec cette méthode, j'aurais régulièrement failli en plus de m'être usé à déceler des signes précurseurs imperceptibles.

Néanmoins, 1987, 1998, 2001, 2008 ont été des turbulences sans conséquences déterminantes pour le boursier. Chacune des crises a été suivie de regain facile et rapide. Sur une période aussi longue, soit presque celle d'une vie d'un investisseur, cette tendance marque d'un fort biais trompeur l'intelligence que l'on peut avoir des risques futurs. La mémoire humaine se limitant la plus part du temps à l'expérience cumulée sur une génération ou deux, le risque n'est pas négligeable d'être parfaitement incapable de supputer les effets d'une crise s'étalant sur quelques décennies. 1998, 2001, 2008 n'ont résolu aucun des problèmes qui en avaient produit l'évènement mais plutôt les ont délayés, diffusés, reportés. Comment sera le prochain type de crise? Sera-t-elle semblable à celles que l'on a connues? Labadie est là intéressant. Son jugement macroéconomique est toujours pertinent. Sa praxis lui permettra-t-elle de se protéger systématiquement et lui permettra-t-elle de bénéficier de tous les bienfaits de l'exposition au marché? Il bénéficie jusqu'à présent de l'antériorité d'une victoire remarquable que sans doute peu ont pu répliquer. Livermore jouit de deux telles victoires et il en est mort.

Nous avons beaucoup discuté de l'aperception théorique de la méthode de Loïc. Loïc, certainement, agit assez différemment. Il n'est pas bien différent de la plus part d'entre nous. Son temps est compté, ne serait-ce qu'à cause de son activité professionnelle mais aussi de ses loisirs. L'océan s'ouvre chaque matin à son regard. C'est beau l'océan, plus que des graphes, n'est-ce pas? Aussi, je ne circonscris absolument pas ce que fait Loïc à ce que je comprends de ce qu'il fait. Il est bien plus pragmatique que ce que nous en avons dit. Probablement aussi ses décisions sont plus intuitives qu'il n'y parait. Il nous a montré plein de fulgurance. C'est à ce titre qu'il m'intéresse et que je tiens ses avis pour éminemment importants. Je fais toutefois comme toi, Raskol, à la fin c'est moi qui décide et tout seul en mon intérieur. Et je ferai toujours ainsi, même quand quelquefois je m'aperçois que j'aurais mieux fait de me fier à de plus émérites, par exemple en investissant dans une des maisons de gestionnaires célèbres. C'est plus beau quand cela vient de soi. C'est plus beau quand cela résulte de décisions libres. Et la beauté, qu'elle soit esthétique, morale ou autre, vaut bien plus que quelques zéros en plus.

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